Faites de moi ce que vous voulez...

  • Faites de moi ce que vous voulez...

    Il y a quelques semaines, j’ai assisté aux funérailles de mon oncle André.  Un homme que j’ai surtout côtoyé dans mon enfance quand nous nous réunissions chez mes grand-parents avec mes nombreux cousins, cousines, descendants d’une famille de 14 enfants.

    Je me rappelle cet homme calme, au regard doux, toujours gentil avec nous les enfants, qui ne nous parlait pas en bébé et qui s’adressait à nous en nous appelant par notre prénom.

    En écoutant tous les témoignages à son sujet de la part de ses proches, j’ai mieux compris qui était cet homme, que sa famille décrit comme un grand sage.

    Parmi ces témoignages, une citation de mon oncle a fortement retenu mon attention.  Il s’agit de quelques mots adressés à sa famille dans les mois qui ont précédé son décès, alors que ses forces l’avaient quittées et qu’il état devenu dépendant d’autrui pour tous ses besoins.

    Faites de moi ce que vous voulez.  Je vous fais confiance.

    Ces quelques mots donnaient l’autorisation à sa famille de prendre soin de lui.  Sans limite.  Ce n’était pas une autorisation partielle du genre : Je vous autorise à faire ceci, mais pas cela.  Non.  C’était une permission absolue sur son corps.  Il rendait disponible son corps malade aux soins, aux caresses et tous ces moments de tendresse et d’amour que ses proches avaient le goût de lui offrir.  Il savait qu’ils feraient bien.  Et il ne s’est pas trompé.  Il leur a exprimé sa gratitude jusqu’à la fin.

    Pour ses enfants, qui ont toujours connu le protecteur, le colosse, l’homme fort, cultivateur de métier et oeuvrant sur sa terre jusqu’à la fin de ses jours, ces moments de proximité ont été d’une inestimable richesse.  La pudeur et les conventions ont fait place à l’essentiel :  L’amour.  Sans barrière.  Sans réserve.

    On imagine un homme fier, fort toute sa vie, assistant peu à peu au déclin de toutes ses aptitudes physiques.  Quelle attitude adopter dans ces circonstances ? Il aurait pu finir sa vie dans la colère, le ressentiment, le désespoir.   Mais il a plutôt choisi l’acceptation.

    L’acceptation, qui n’est pas :  J’aime ça, ou je veux ça, mais plutôt : J’accepte que ce soit ainsi.  J’accepte que ça se passe comme ça.  C’est ma réalité présentement.  Je n’y peux plus rien.

    Personnellement, j’imagine l’acceptation comme un robinet qu’on ouvre, une valve, des vannes.  Dans certains cas, c’est de l’ampleur d’un barrage hydroélectrique…
    L’objet retient.  Repousse.  Empêche.  Lutte contre la nature.   C’est nous qui décidons si on l’ouvre ou non.

    En acceptant une situation dont on n’a pas le contrôle, c’est comme si on lâchait la tension, le stress de retenir, de repousser, d’aller à contre-courant pour plutôt se donner la permission de se laisser aller, de se laisser couler, de se reposer dans cette force naturelle et puissante :  L'AMOUR.

    En décidant d’accepter sa condition, d’accepter d’être vu dans cet état de grande vulnérabilité, alors qu’il sentait qu’il n’avait plus le contrôle sur son corps, mon oncle a en quelque sorte ouvert les vannes.

    Cette ouverture qui a donné la permission à sa famille d'accéder au père et au mari sans réserve, sans condition, en leur laissant manifester leur réconfort de toutes les manières qu'ils le souhaitaient.  Et bien sûr, se donner lui-même la permission de recevoir ce cadeau qui lui aura permis de quitter ce monde le coeur paisible, rempli d'amour et de reconnaissance.

    Magnifique leçon sur la puissance de l’acceptation qu’il nous laisse en héritage.

    Merci mon oncle.

    Claudette Bigras, coach certifiée Neuro Activ Coaching


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